Aujourd'hui, nous avons appris au bureau la disparition prématurée de Thierry, notre collègue. Bien que nous n'ayons entretenu que des relations de travail, il était apprécié pour son caractère entier et volontaire, et son esprit. Nos pensées vont à sa famille et à ses proches.
Décidemment, le monde musical est constellé d'ovnis en tout genre. En voici un nouveau, sous la forme d'une galette jazz française étonnante. "Sade Songs", dirigé par Jean-Rémy Guédon, aux commandes d'Archimusic, collectif réunissant des musiciens jazz et contemporains, met en musique, pour ne pas dire en lumière, des textes choisis du Marquis de Sade. La voix d'Elise Caron, artiste multiforme, chante, récite, susure tour à tour les dires de Sade, avec beaucoup d'ingéniosité, tantôt drôle, tantôt grave, tantôt sévère. La formation instrumentale, cuivres, contrebasse et batterie, accompagne la chanteuse dans un registre qui s'inspire beaucoup du jazz classique. L'écriture est claire, limpide et laisse la part belle au chant, tout en se réservant quelques plages pour de belles envolées et solos sax. Les textes de Sade prennent sous cette approche une dimension nouvelle. Les extraits savamment choisis et mis en musique donnent une ampleur surprenante à l'oeuvre de Sade, amoureux fou de sa liberté de penser.
Le petit coup de coeur de la semaine est une nouvelle illustrée... Premier livre d'Anthony Pastor, qui (à priori, information non recoupée...) travaillait auparavant à l'élaboration de décors de théâtre, "Ice Cream" est un bel exercice de style. D'abord par la qualité graphique. Entièrement réalisé au stylo à bille, mariant habillement des gueules bien léchées des seventies à un background hyperréaliste, les cases s'enchaînent au rythme de 2 par pages, et contiennent un bon petit paquet de plans sacrément réussis. Un magnifique travail d'ambiance, parfaitement maîtrisé. Ensuite, A Pastor visite à sa manière le polar bien noir, en mettant en scène une histoire de meurtre, de gang, de femme mystérieuse (et fatale...), le tout saupoudré de ce qu'il faut de surréalisme. On suit l'histoire au grès du bavardage d'une barmaid et d'un privé pas si privé que ça, donnant à la trame un ton posé, presque lancinant, créant ainsi une ambiance sans action, mais prenante. Une belle surprise, et un auteur à suivre avec le plus grand intérêt...
Comme souvent, à la première écoute d'une nouvelle sortie de Tool, on est un peu déçu. Déçu parce que dans ce cas précis, il aura fallu attendre pas moins de 5 interminables années, et qu'on voudrait dévorer l'album en une seule écoute... Mais les expériences précédentes nous ont appris que Tool, c'est une approche musicale à tiroirs, un contraste dans les compositions rare, une complexité au service d'une ambiance affinée, subtile et maîtrisée. 10,000 Days va donc sans surprise nécessiter un nombre important d'écoutes attentives et passionnées pour livrer toutes ses essences. Et cela promet d'être grandiose. Car que dire d'autre que l'album est tout simplement monstrueux !!! Les mots me manquent... Plus ethnique avec un jeu de batterie qui s'inspire de la percussion, plus profond, plus sombre, plus fouillé, 10,000 déverse une énergie faramineuse. On est emporté tour à tour dans des rythmiques violentes et aiguës, des sons vaporeux, oppressants, des envolées quasi-cosmiques. On est pris au piège d'une musique qui nous encercle furtivement, qui nous enlace et qui finit par faire de nous ce qu'elle veut. 1h15 de bonheur intégral. Tool s'affirme donc de nouveau comme une des figures de proue les plus importantes de la scène rock actuelle. L'attente n'aura donc pas été vaine, et après le superbe "Lateralus" qui semblait insurpassable, le quatuor nous offre un pur petit bijou, tout simplement indispensable.